Et voilà, tout frais, tout chaud, notre 2e numéro de Chatodozine. Nous nous sommes donnés comme consigne collective « le quartier ».

Le quartier, ce n’est pas un thème, ce n’est pas non plus un territoire délimité, c’est un angle de vue, un cadrage, un point de départ, pour partager avec vous un regard. Dans ce numéro, nous vous parlons de métamorphose. Les récits multiples qui se croisent dans ces pages expriment ce glissement étrange qui change le rapport que nous tissons avec les lieux et les gens pourtant les plus intimes.

Ce sentiment d’être étranger à soi-même et au monde, parfois douloureux, ouvre à des questionnements qui sont aussi un moteur pour avancer. Parce que nous grandissons, le monde qui nous entoure dresse devant nous de nouvelles barrières. Être sans un sous en poche, avoir de mauvais résultats scolaires, habiter loin des centres, être une femme semblent soudain nous envelopper d’une nouvelle peau qui entrave nos mouvements. En même temps, la perception de ces limites nous permet de prendre toutes ces questions à bras le corps et de nous mettre en quête de nouveaux espaces de liberté.

Aventurez-vous sur les chemins de Chatodozine, loin des autoroutes ou des voies sans issue, vous y découvrirez un bouillonnement photographique, sonore, vidéo, dessiné, toujours écrit à la première personne, qui raconte sans détour ce que l’absurde et la violence n’enlève jamais aux rêves et à la soif de vivre.

Adam

Le Morillon j’y suis arrivée il y a 10 ans. Avant j’étais aux Grands-Pêchers.

Maintenant je sors moins dans le quartier mais quand j’étais petite on était « H 24 » dehors.
Avec mes copines, on allait partout, dans tous les recoins.

On allait à Claire-maison pour manger les noisettes à côté du bac à sable.
Mais j’ai un mauvais souvenir car je me suis ouverte en roller là-bas.

Du coup après je n’y allais plus trop.

À partir de la 4ème j’ai commencé à plus sortir du tout. Plus je grandie, moins je reste dehors.
Surtout que mon lycée est super loin et je suis obligée d’attendre le bus qui est très lent.
Et puis comme j’ai beaucoup d’heures de perm’ au lycée, je découvre des nouveaux endroits.
Vers Croix de Chav’ ou à la Mairie.

Le lundi on a 3h de libre, alors quand on a de l’argent - parce qu’on est pas riche - on va pas à la cantine et on mange dehors.
On va souvent au MacDo ou au Grec. Le tacos ça écœure trop mais le MacDo ça cale pas.
Moi je suis une bouffone je mange grave.
Léa, qui est sur la photo, je l’ai rencontrée cette année au lycée.

Pour mon futur je suis plus que dans le brouillard. Je suis dans une tempête lointaine.
Je suis complètement perdue.

Je voudrais aller en L mais mon prof principal il veut pas. Il dit que j’ai pas le profil.
Ma prof d’Histoire elle est derrière moi, elle m’encourage depuis le début.
Mais le prof principal me dit que si je ne vais pas en L il faut trouver un plan B.

« Il faut toujours avoir un plan B. Il faut que tu ailles en pro. »

Si je vais en pro je ne ferais plus rien car ça va me souler. Ramenez moi dans un lycée d’horticulture ou d’esthéticienne, je travaillerais pas car c’est pas ce que je veux faire de ma vie.

Laissez moi aller en L et si je me casse la gueule, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi même.

Ma mère ça l’arrange que je ne sorte pas. Elle a peur que je fasse des trucs bizarres.
Elle a confiance en moi, mais elle préfère que je sois à la maison.

Quand je sors, si elle ne sais pas exactement ou je suis, ça l’énerve et elle m’harcèle sur mon portable. Et si je réponds pas avant de rentrer chez moi, je me fais déchirer.

Si je veux aller quelque part, il faut vraiment que je la prévienne avant. Qu’elle sache où je suis, avec qui, ce que je fait, etc… Mais elle me laisse rarement sortir.

Si c’est la nuit, là c’est encore pire. Elle va m’appeler tout le temps, même si je suis juste à côté.

Je ne décroche pas, parce que si je lui dit où je suis, ça n’ira pas non plus. Donc je fais semblant et je ne lui dit pas vraiment où je suis. En rentrant, elle me demande pourquoi je n’ai pas décroché alors je lui dit que mon téléphone ne marchait pas.

Ma mère m’envoie aussi en missions. À la laverie, au Leader Price, aux Ruffins, ramener des choses chez des tantes ou à Auchan ou Rosny. Depuis que mes petits frères ont grandi, elle m’envoie un peu moins. À la laverie, j’y vais quand on a pleins de gros trucs à laver : les couvertures, toutes les chaussures de la maison,…

Je croise souvent ma cousine Cissé là-bas. Comme ça prend du temps les cycles des machines, on en profite pour discuter. Cissé, on se voit souvent parce qu’elle vient chez moi. Mais quand je croise des gens qui ne sont pas dans mon lycée où qui ne viennent pas chez moi, j’en profite pour rattraper le temps perdu.

Au Leader Price, ma mère m’envoie prendre du jus, des couches pour mon petit frère, des céréales, des carottes… De base elle m’envoie acheter juste un truc comme du café. Et je me retrouve à la fin avec un sac rempli car elle me rappelle toujours pour rajouter pleins de trucs à acheter.

Lui c’est le caissier. Il est gentil.
Il est hindou comme Shivas.

Je me pose sur ce banc le soir quand on revient de la mosquée, pendant ramadan et les grandes vacances. Vu qu’à cet époque il fait bon, on se pose ici avec ma sœur et ses copines. On parle c’est marrant. Y a des animaux mystérieux qui sortent de nulle part pour nous courser.

L’été il y a pleins de pétards. Et des gros pétards : des bisons 3, 4 ou 5. On se retrouve coincées au milieu de tous les tirs. Les grands en font péter de la journée au soir aux alentours du 14 juillet. L’année dernière les policiers ont arrêtés Omar. Ils l’ont contrôlé puis ils l’ont relâché.

Les policiers d’ici ils font pas trop d’embrouilles. Moi j’ai jamais eu de problème avec eux.
Ils font des rondes et ils fouillent certains jeunes. Mais si tu fais pas des trucs de ouf ils ne te cherchent pas.

L’histoire de Théo elle m’a grave énervé.
Il y'a pas de raisons : les flics font ces choses là pour rien. Ils ont des pulsions et c’est des malades mentaux. Et ce qui me choque et qui m’énerve à la fois, c’est qu’à la fin ils seront toujours libre. Au pire il seront radiés, changés de commissariat ou même juste suspendu pendant 3 mois. Je suis pas journaliste, je suis pas policier, je suis juste une téléspectatrice mais il n’y a plus rien à enquêter, cette histoire elle est très claire. Même très très claire. Il y a des images. On a juste à emprisonné l’auteur. Comme ceux qui ont tués Adama. Juste une justice c’est tout. Ils se foutent de la gueule du monde, ils font semblant, ils cherchent des preuves contre le victimes. Pourquoi ils enquêtent sur les victimes et pas sur le policier ? Si je pouvais je serais allée dans les commissariats pour les insulter mais je peux rien faire. Je peux juste me lâcher sur eux quand on me questionne là-dessus. J’ai l’impression que les choses comme ça ne changeront jamais. Tu crois que ça évolue mais non. Quand ça évolue un peu, ça revient encore plus en arrière après, c’est ça qui me saoule.

L’hiver c’est la galère, le quartier est comme mort. Il y a personne. T’as plu qu’à lire des chroniques de Watpad chez toi.
Les gens sortent pas ou vont ailleurs. Quand je sors je ne vois pas beaucoup de personnes.
Les personnes qui galèrent vraiment vont à Auchan pour passer le temps.

La meilleur période c’est l’été. Il y a tout le monde: les jeunes, les petits, les mamans, les grands.

Ce qui manque au quartier, c’est un lieu pour manger. Un grec, une pizzeria ou un tacos sur la place…

Et puis les jeunes, je les aime bien, c’est la famille tout ça… Mais là il y a des nouveaux et je les aime pas. Je préfère les anciens.

Le lycée m’a volé ma vie.
J’ai plus trop le temps de sortir sur le quartier.
Celle que je vois le plus c’est Assala, ma voisine du deuxième étage.
On aime bien se retrouver le soir dans notre hall.
Je vais toquer chez elle ou inversement.
Des fois, on se croise même par hasard et on se pose dans le hall.
On reste au plus tard jusqu’à minuit.
On parle de tout, de ce qui se passe dans notre vie.
Cette année pour la première fois on est pas dans la même école.
Des fois aussi on regarde des films sur l’ordinateur de Bayi.
On se rejoint toutes. On fait des snaps, on regarde ceux des gens.

Souvent Assala ramène son petit frère.
Elle s’en occupe comme une soeur avec son petit frère, normal quoi.

Adam, c’est une personne qui veut pas me lâcher.
On est copine depuis le CE2.

On est restées proches car on faisait toutes les deux de la photo. En fait on se voit pas beaucoup, des fois on va au Cinéma.

C’est bizarre, les personnes avec qui je suis le plus proches sont des personnes que je ne vois jamais.

Le lycée ça donne plus de liberté.
D’un côté c’est bien mais de l’autre non.
Trop de liberté amène à faire des choses bizarres.
Avant je connaissais personne qui fumait.
Maintenant y a des gens de mon âge qui fument au lycée.
Ça me dérange pas, c’est leur problèmes, mais je ne suis pas habituée.
Et y en a beaucoup plus font des craris* avec les profs.
Avant, il n’y avait que des gens avec du caractère qui faisaient ça.

Khadjidia

Le cours de physique-chimie c’est n’importe quoi, mais là c’est à cause du prof. Il fait son cours pour lui. On est tous en dessous de la moyenne, sauf 2 élèves.

Si on lui demande de l’aide, soit il explique en plus dur, soit il te dit d’aller voir ses collègues.

Il te dit ça normal.

Si tu regardes par la fenêtre, il se dévore.
Des fois, il peut virer trois personnes dans un même cours.
Il aurait du changer de métier, faire policier mais pas prof.

Ma prof de français je l’aime bien, mais elle aussi elle a des crises de temps en temps.
Tous les jeudis on doit apprendre des poésies.
Elle a des phases, mais c’est pas une mauvaise prof.

Le premier jour de la rentrée, je connaissais personne en dehors des 4-5 personnes de la cité. C’était bizarre, les autres viennent de Noisy, Livry, Bondy ou Rosny.

Le jour des inscriptions en lisant les prénoms de ma classe, je pensais que j’allais être qu’avec des blancs. D’habitude sur les listes il y a beaucoup de Dramé, Traoré, Touré, Diakité… Là il n’y avait qu’un Maciré !

Mais quand je suis arrivée le lendemain, il y avait quand même que des noirs !

Là c’est Joseph et Emmanuel, c’est des garçons de ma classe avec qui je m’entends bien.
On est 10 filles dans la classe et 20 garçons, en tout 30.

J’aime bien les garçons, ils s’embrouillent moins. C’est grave facile de parler avec eux et de se taper des barres. C’est trop marrant.
C’est un autre délire, on parle pas trop pour rien.

Les filles, c’est pas les mêmes personnalités que j’avais l’habitude de côtoyer avant.
Les filles au lycée, soit elles sont soit calmes – et moi je suis un peu une excitée – soit elles s’embrouillent pour des futilités.
Elles sont bizarres, elles sont pas solidaires.
Elles ramènent tout à elles. «  Moi je suis comme ça, tu sais que moi… »

Il y a plusieurs classes sociales et ça se ressent.
Ça se voit quand on parle, il y en a plein qui sont partis dans des endroits de ouf. – moi j’ai même pas quitté la France –

Ils font plein d’activités. – aux Morillons, tu fais soit danse hip-hop, soit photo, soit foot – Elles, elles font du tir à la carabine, du Basket…
Il y a même une fille de ma classe qui pouvait intégrer un club de basket en Amérique.
Il y a trop de différences.
Au final, il n’y a qu’une dizaine de personnes avec qui je suis sur la même longueur d’ondes.

Moi j’aimerais bien travailler dans le social. Un travail où je peux aider les gens démunis ou ceux qui on des troubles du comportement. Être éducatrice mais je suis pas sûre.

Shivas il a l’épicerie du Morillon.
C’est l’homme à tout vendre, il a tout.
Il te manque un truc, tu vas chez lui.
Il suit les modes, comme quand il vendait les bracelets élastiques que tu trouvais qu’au marché.
Il vends des brosses, des rajouts, du henné, de la pâte à muffin, du thé, des sauces algériennes, des jeux du loto, de l’alcool…

Les gens aiment bien l’alcool dans le quartier.
Beaucoup les vieux qui prennent des canettes de bière pour se poser sur les bancs de la place. Les jeunes c’est plus le Jack, le Label, la Vodka…
Une fois j’ai demandé à Shivas du Jack Daniel.
Je lui ai demandé il m’a dit non.
Je lui ai redemandé il m’a redit non
J’ai pas compris comment mais à ce moment là je suis tombée dans des bouteilles d’eau en plastique.
Je crois c’est Dieu qui m’a puni.
J’ai compris qu’il fallait mieux pas boire de l’alcool.

Les bananes plantain c’est pas trop mon kiffe.
Je préfère les vrais bananes quand je mange du Tiep, c’est grave bon.
C’est la base. Ça fait glisser.
La moitié des noirs ils font ça.
Si le Tiep est pas très bon, la banane équilibre la chose…

J’aime trop Le Morillon, même si ça a beaucoup changé. Je serais capable de rester ici toute ma vie. Mais j’aimerais bien aussi partir.

Le Morillon c’est une cité où tout le monde se parle : les jeunes, les daronnes…

Ailleurs, quand je vais chez mes sœurs à Bourg la Reine ou Ris-Orangis, chacun fait sa vie.
Si je vois leur voisin c’est bonjour et chacun rentre chez soi. Jamais ils se poseront dans leur quartier pour parler.

Aux Morillons, tu peux te mettre a discuter avec quelqu'un et te poser alors que c’était même pas ça ton plan. C’est ce que j’aime ici. Tout le monde se connait, on se croirait dans un village.

Le quartier, c’est parfait quand t’es enfant. Tu as le sentiment d'être sur un immense terrain de jeu. Lorsque j’étais petite, ma mère délimitait mon espace de récréation. Avec l’âge, cet espace s’est peu à peu agrandi, et j’ai pu aller voir mes copines dans tous les coins du quartier. Dans ma tête c'était quelque chose : j’avais l’impression de partir à l’aventure, de découvrir de nouveaux endroits. En grandissant, ça ne m’a plus fait le même effet. Traîner dans le quartier c’était cool, mais j’avais envie de voir d'autres choses.

Une des premières choses qui me vient à l'esprit quand je pense à mon enfance, c'est l’endroit que fréquentait tous les enfants du quartier… Ce petit bâtiment en bric renferme certains des meilleurs souvenirs de ma vie. On l'appelle «  La Passerelle ». Avant, c'était le centre de quartier des Morillons. Je m'y sentais chez moi. Il a été ma première ouverture sur le monde extérieur, notamment Paris. On allait souvent au musée, on se baladait. Sa fermeture coïncide avec le moment où j'allais rentrer au collège, là où mes préoccupations auraient été sûrement différentes. Heureusement, le centre social a ouvert juste après, proposant les mêmes activités aux enfants.

Des fois, je traverse des endroits par lesquels je ne suis pas passée depuis une éternité.
Je les regarde avec nostalgie, en essayant de me rappeler les bons moments que j’y ai passé.
Le terrain de Basket du quartier en fait partie. J’aimais beaucoup y traîner après l'école. J'en ai vraiment de bons souvenirs. Ça doit faire des années que je n'y suis pas entrée.
Je passe devant et je nous revois jouer, mes potes et moi.
Je vois le terrain et les barreaux qui l'entourent comme quelque chose qui me sépare de ma vie passée. Quelque chose qui est à la fois à ma portée, mais également extrêmement lointain.

Je ne peux pas dire que je n'aime pas mon quartier, mais je ne peux pas non plus dire que je l'aime. Les seules fois où j'y descends, c'est pour faire des achats ou aller au centre social (et à la bibliothèque le samedi matin quand j'ai pas la force d'aller bosser ailleurs).
J'ai l'impression d'être une étrangère dans mon quartier. Ça ne m'étonnerait même pas qu'une personne vienne me demander si je suis une nouvelle. Je suis une vraie casanière, mais les fois où je décide de prendre l'air c'est jamais sur le quartier, donc c'est pas étonnant.
Ce qui est triste au Morillon, c'est qu'on est éloigné de tout, les trucs bien sont dans le centre-ville. Ils ne pensent jamais à nous. 

C’est mon ami Romain. On se connaît depuis toujours, depuis l’époque de La Passerelle au Morillon. Malgré nos trois ans d’écart - qui avaient leur importance quand nous étions plus petits - nous avons tissé des liens d’amitié très forts. Je l’ai vu évoluer et commencer à affirmer sa personnalité de part son style vestimentaire, ses coupes de cheveux et ses piercing. Les fois où l’on se voit, c'est principalement à Paris. Contrairement à moi, il va dans différents quartiers et a plusieurs amis parisiens.

Je vois Clautilde à Paris car elle habite loin de Montreuil, à Bussy-Saint-Georges. J'aime beaucoup la vanner sur ce fait, mais je sais que ce n’est pas évident pour elle. Que ce n'est pas ce qu'elle veut. Si elle le pouvait, elle habiterait plus près de sa fac, à Paris. Mais à moins d'avoir des parents "riches", cette possibilité, trop coûteuse, reste compliquée pour les étudiants. Donc soit ils restent chez leurs parents, soit ils vivent en banlieue loin de tout.

J'ai découvert les falafels lors de mon voyage en Palestine en avril 2015. Et "l'ironie du sort" veut que je les mange la plupart du temps dans un restaurant où trônent au moins une dizaine de drapeaux Israëliens, témoignant de l'engagement du propriétaire.

Chaque peuple, chaque nation à le droit d'être fier de son drapeau. C'est ultra compréhensible et normal. Il fait référence à leur histoire, à leur héritage. Mais (…) aller à la fois en Palestine et en Israël m’a permis de prendre conscience de la plus grande portée de cet objet. À Jérusalem, j'ai été étonnée par le nombre de drapeaux présents chez les gens et dans la rue. Étonnement, cela m'a fait pensé à Neil Armstrong plantant le drapeau des Etats Unis sur la Lune. La Lune appartient à tout le monde. Cette analogie un peu bizarre pour dire que maintenant, la présence d'autant de drapeaux me met un peu mal à l’aise, voir me dérange.

Paris tu me fais de l'œil, tu me séduis.
Mais vu tes prix, je ne vais pas quitter de sitôt ma chère Montreuil.

J'ai découvert les friperies il y a 3 ans. Jusque là, j'en avais qu'une vague idée bien arrêtée : acheter des vêtements déjà portés, et je trouvais ça dégoûtant. C'est pour ça que j'y suis allée seule pour la première fois. J'avais honte de dire à mes amis que j'achetais des vêtements déjà portés. Mais à mesure que les compliments sur mes choix vestimentaires augmentaient, j'ai pris en assurance et j'ai assumé. Non seulement j'achète mes habits en friperie mais je pique également dans le dressing de mes parents. Ces derniers étaient plutôt tendance dans les années 90, mais avec le temps, être à la mode n’est plus devenu une priorité. Donc j'en profite pour voler les chemises de mon père, les sacs à main et les vestes de ma mère. La décennie des années 90 est une période que j'affectionne énormément : notamment pour la musique et surtout pour la mode et ça se ressent dans ma façon de m'habiller aujourd'hui.

Un jour Romain m’a dit : « Je sais pas ce que vous trouvez tous au Marais, il y a rien à faire ». Ce n’était pas la première fois qu’on me le disait. (…) Le Marais représente tout ce à quoi j'aurais pu m'attendre en allant à Paris. C'est plutôt chic, propre, bien desservi et il y a des gens partout. Je ne connaissais le quartier que par sa réputation : celle des communautés juive et gay. En fait, le Marais a été un bon moyen pour moi de côtoyer timidement Paris. Parce que mis à part le Trocadéro, République et les Champs-Elysées (qui sont des endroits bien aussi), je n'ai vraiment rien vu de Paris. Quand je vais au Marais, c'est clairement pour les friperies et les falafels. Je ne vois pas ce que je pourrais y faire d’autre.

Sirandou

Le cœur de mon quartier c’est la place Carnot.
Une place triangulaire plantée de platanes et entourée de cafés. Je la traverse matin et soir et j’y croise toujours quelqu’un : mon frère et sa bande de trottiriders, ma mère les jours de marché, des amis du collège, de la primaire, de la maternelle, des anciens profs… ou le chat roux du quartier.

Cette place vie au rythme des saisons : repas de quartier, fanfare, foodtrucks, fêtes aux lampions… Un de mes souvenirs préféré sur cette grande place : au retour d’une soirée avec une amie,on s’est arrêtées un moment tard le soir, seules.
Elle a sorti son violon et a joué un morceau.
C’était magique. C’était beau, tout simplement.

C’est le quartier, ou c’est nous qui avons changé ? Quand on était petit il y avait plein de choses à faire, on s’amusait d’un rien. La cité nous suffisait. Chaque sortie c’était une nouvelle aventure… Aujourd’hui je regarde le petit dehors, et je le plains : pois chiche paumé dans un couscous sans saveurs, privé de son principal ingrédient : le piment.

Zoé

Ibrahim

Ruby & Riyad

Avec :
Zoé Barthélémy,
Adam Diakité,
Kadjidia Doucouré,
Oumarou Diallo,
Yacine Driss,
Riyad Hadji,
Ruby Pearl Barrault,
Ibrahim Coulibaly,
Sirandou Soukouna

Chatodozine N°2 – Où je vis ?

Yacine

Bienvenue sur Chatodozine !

Présentation

Un fanzine en dialogue avec un web documentaire

Chatodozine est né dans les coulisses d’une autre œuvre que nous étions en train d’écrire : un web documentaire sur la transformation radicale d’un quartier inscrit dans un vaste programme de rénovation urbaine, le quartier Bel Air - Grands-Pêchers à Montreuil (93).

Dans ce web documentaire, nous interrogeons le sens donné à la « participation » des habitants, alors que cette dernière s’affiche partout comme une nécessité de la politique de renouvellement urbain. Cette question nous est par ailleurs particulièrement intime puisque nous nous installons dans ce quartier en 2011 et devenons ainsi nous-mêmes « des habitants invités à participer ».

Notre point de départ a été de nous infiltrer dans les étapes de cette transformation avec la mise en scène de performances d’artistes sur des terrains laissés vacants après une destruction et avant leur reconstruction. Ces interventions filmées sont le fil rouge à partir duquel nous composons notre récit documentaire. Notre tournage a duré 4 ans, de 2012 à 2016.

La spécificité de la narration sur internet suscite de nombreuses questions et notamment à l’endroit de l’interactivité qui sous-entend que le spectateur-internaute peut participer à l’œuvre elle-même. Nous avons eu envie d’éviter de faire de cette participation une simple accumulation de commentaires. Nous voulions un espace singulier, réfléchi avec la même exigence que notre recherche. Un espace à même de faire entendre d’autres voix que la nôtre et de créer une aventure collective et polyphonique. Un espace vivant, capable de créer de nouvelles rencontres et d’agir dans le monde réel.

C’est devenu Chatodozine.

CHATODOZINE de 2016 à 2017

Chatodozine est un autre espace d’expression qui vient infiltrer notre premier récit sur la ville.

C’est un journal écrit par des jeunes de Montreuil, âgés de 16 à 20 ans. Avec le dessin, la photographie, la vidéo et le son, les auteurs livrent des récits intimes sur ce qui, dans leur quotidien, les brûlent, les révoltent ou au contraire les inspirent dans leur vie. Des artistes les accompagnent tout au long de leur processus d’écriture.

D’octobre 2016 à juillet 2017, c’est 5 artistes accompagnés d’un développeur web et 9 jeunes de Montreuil âgés de 16 à 20 ans qui se réunissent en ateliers de création pour composer cet objet-journal voué à exister d’abord sur internet.

Trois tirages papier seront publiés pendant l’année 2017. Pensés comme des « tirés-à-part » de Chatodozine, ils sont la manifestation sous la forme d’un objet matériel diffusé dans le monde réel de l’existence numérique du journal et du webdocumentaire (actuellement en post production).

Après ces 3 numéros, Chatodozine continue… patience !

L'équipe

Les porteurs de chatodozine :

Abdelatif Belhaj

Diplomé d’Arts du Spectacle à l’Université de Caen, Abdelatif est d’abord comédien puis danseur avant de se passionner pour l’art vidéo et la création documentaire. Après avoir réalisé des vidéos d’art en projection et installation, il devient monteur dans le champ des films documentaires de création. Il co-fonde avec Roselyne Burger l’Association Plexus, avec laquelle il produit son premier film documentaire « La pêche et l’olive » (2017) et mène en parallèle de nombreux ateliers artistiques en France et à l’étranger avec tout type de publics. Il anime le « Ciné Bel Air » un ciné-club dédié au documentaire de création et accueilli depuis 2 ans dans la Maison du Grand Air à Montreuil. Il réalise aussi le web-doc « Château d’eau » et crée le projet « Chatodozine » dont il assure la coordination générale.

Roselyne Burger

Du Droit aux Etudes Politiques sur
le monde arabe contemporain, Roselyne se questionne sur la place des musiques traditionnelles dans nos sociétés contemporaines, les tiraillements identitaires et les appartenances multiples, les parcours migratoires et les modes de vie nomades. En 2007, elle découvre l’Espace Khiasma où elle démonte les plafonds, coordonne, administre, et monte des résidences. En 2013, elle crée avec Abdelatif Belhaj l’Association Plexus dans son quartier Bel Air - Grands-Pêchers et reprend la route animée par des projets de création documentaire et d’ateliers sonores. Cela ne l’empêche pas de se lancer à corps perdu dans le Cirque (Cirque électrique, Le Troisième Cirque, Le Groupe Acrobatique de Tanger...) et de travailler aujourd’hui avec le circassien Fragan Gehlker dans l’Association du Vide.

Les artistes invités :

Lolita Bourdet - Photographe

Lolita Bourdet est photographe professionnelle, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy. En 2010, est la lauréate du prix pour la Jeune Création du Bal avec son projet “René & Jean”. Elle développe depuis ses projets personnels dans le cadre de résidences artistiques, s’expose en France, en Italie et au Canada. Le documentaire est son mode narratif de prédilection, où la photographie joue un rôle majeur, qu’elle complète par elle-même ou en collaboration d’éléments plastiques, sonores ou textuels. En parallèle, elle intervient au sein d’ateliers artistiques auprès des jeunes publics pour des institutions scolaires, culturelles et sociales en France et à l’étranger.
www.lolitabourdet.com

Hélène Cœur – créatrice sonore

Hélène Cœur réalise des documentaires pour ARTE Radio, des projets sonores participatifs en ville et à la campagne, « Chantez vous » collecte de chansons et réalisations de portraits  chantés « La fougère » histoires d’un quartier (résidence à l'espace Khiasma aux Lilas).

En 2014, elle participe au Musée Commun à Paris XXe. Avec la compagnie l'Imprévu, elle suit le violoncelliste Vincent Courtois pendant la création musicale « Les Démons de Tosca » en questionnant nos démons personnels. Avec l'association Plexus, elle réalise le son pour le film « Ce petit chemin ». Elle crée des bandes-son pour le théâtre et la danse.
Avec d'autres dingues de radio et de son, elle crée "La Radio Cousue Main" sur Radio Campus Paris.
Elle mène des ateliers de création sonore pour les adultes et les enfants.

Camille Plagnet – réalisateur

Après des études de théâtre à l'INSAS à Bruxelles, il suit le master documentaire de Lussas en Ardèche. Depuis il réalise courts et moyens métrages entre fiction et documentaire. Il a notamment réalisé deux documentaires au Burkina Faso : La Tumultueuse Vie d'un déflaté en 2009 et Eugène Gabana le pétrolier en 2014 (coréalisé avec Jeanne Delafosse), tous deux montrés dans de nombreux festivals internationaux. En 2015, il participe à la création de 81 avenue Victor Hugo, pièce de théâtre sur la migration montrée au Festival d'Avignon et au Festival d'Automne. Il est également producteur au sein de l’atelier documentaire.

Damien Roudeau - dessinateur

Dessinateur documentariste né en 1981, Damien Roudeau publie ses dessins du réel dans la presse (Le Monde, l’Humanité, CQFD…), les revues (Ballast, Z, Citrus…), des carnets (Actes sud, La Martinière, La Boîte à Bulles…) ou des bandes dessinées (Futuropolis,  Les Arènes), avec des ONG (Médecins du Monde, Médecins sans frontières, Aides, Amnesty International…), en tracts sonores pour les internets ou en collages et peintures dans la rue. Diplômé en illustration (Ecole Estienne) et en arts plastiques (Paris 1 Sorbonne), il privilégie les sujets au long cours dans des univers présumés autarciques, et envisage le croquis comme une pratique exploratoire, où vie et création se confondent. 

Clémence Passot – graphiste

Depuis plusieurs années, Clémence Passot nourrit sa pratique du graphisme de toutes les pratiques plastiques, artisanales, architecturales pouvant l’élargir et la faire coller au plus près du contexte de ses créations. Dans la même dynamique, elle associe volontiers le public à certaines phases de son travail.
À travers collaborations et commandes, elle met en valeur des lieux, des projets, créatifs et ouverts, via leur communication visuelle ou leur signalétique. Son goût pour l’objet édité, fait du format journal ou de l’édition éphémère, de véritables laboratoires de formes et de contenus. Quant à son rapport à la ville, il fait parfois flirter sa production avec l’installation in situ.
Clémence Passot est diplômée de l'école des Arts Décoratifs de Paris (Ensad).
www.clemencepassot.com

Samuel Rivers-Moore – graphiste et développeur

Basé à Marseille, Samuel conçoit et développe des sites internet parfois expérimentaux.
www.samuelriversmoore.net

Guillaume Reynard

Né dans le Poitou en 1972, Guillaume Reynard est illustrateur. Pour des maisons d’édition il réalise des albums jeunesse et des romans graphiques. Pour la presse quotidienne et magazine il illustre des reportages ou des articles thématiques. Ses images sont aussi utilisées par des institutions, des agences de communication et même des vignerons ! Dès qu'une opportunité se présente, il quitte Montreuil et son atelier pour aller dessiner sur le motif !
www.guillaumereynard.com

Les jeunes auteurs de Chatodozine sur l’année 2016-2017 :

Zoé Barthélémy, Adam Diajité, Kadjidia Doucouré, Oumarou Diallo, Yacine Driss, Riyad Hadji, Ruby Pearl Barrault, Ibrahim Coulibaly, Sirandou Soukouna

PLEXUS

Plexus est une association dédiée à la création documentaire. Elle soutient la création, la production et la diffusion d’oeuvres cinématographiques et audiovisuelles. Plexus s’intéresse plus particulièrement au développement de projets qui s’inscrivent au croisement des disciplines et des genres. Implantée à Montreuil depuis 2013, elle a la volonté de créer des espaces de rencontre et de mener des aventures collectives où l’art et la recherche documentaire participe de la vitalité d’un territoire et des liens entre les gens. Elle collabore aussi avec de nombreux acteurs du champ éducatif et social afin que l’éducation à l’image et la pratique artistique collective soient un moyen de connaissance et de partage des enjeux sociaux et économiques du monde contemporain et de son histoire.

Remerciements

Omar Somi et son équipe : Maison du Grand Air – Espace 40
Sébastien Estebanez : Maison des Mûrs-à-pêches
Muriel Menuet : Lycée Eugénie Cotton

Vincent Chevillon auteur du projet Archipels.org dont s'inspire le présent site.

Partenaires